"Cette nuit j’ai rêvé que je retournais au Cimetière des Livres Oubliés. J’avais de nouveau dix ans et je me réveillais dans mon ancienne chambre pour sentir que le souvenir du visage de ma mère m’avait abandonné. Et je savais, comme on sait les choses dans les rêves, que c’était ma faute, seulement la mienne, parce que je ne méritais pas de m’en souvenir et je n’avais pas été capable de la venger". Le dernier volume tant attendu de la saga aux 50 millions de lecteurs, commencée avec L'Ombre du vent. Magistral final du Cimetière des livres oubliés
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Série : Le cimetière des livres oubliés Tome 4
Éditeur : Actes Sud
Date parution : 02/05/2018
Format : Ebook
Première page
Cette nuit j’ai rêvé que je retournais au Cimetière des Livres oubliés. J’avais de nouveau dix ans et je me réveillais dans mon ancienne chambre pour sentir que le souvenir du visage de ma mère m’avait abandonné. Et je savais, comme on sait les choses dans les rêves, que c’était ma faute, seulement la mienne, parce que je ne méritais pas de m’en souvenir et je n’avais pas été capable de la venger.
Mon père entrait, alerté par mes cris d’angoisse. Mon père, qui dans mon rêve était encore jeune et en possession de toutes les réponses du monde, me prenait dans ses bras pour me consoler. Puis, alors que les premières lumières peignaient une
Barcelone embuée, nous sortions dans la rue. Pour une raison que je ne parvenais pas à comprendre, mon père ne m’accompagnait que jusqu’au porche. Puis, il me lâchait la main et me faisait comprendre que c’était là un voyage que je devais faire seul.
Je commençais à marcher, mais je me souviens que mes vêtements, mes chaussures, ma peau même me pesaient. Chacun de mes pas exigeait un effort plus important que le précédent. En arrivant sur les Ramblas je remarquais que la ville était comme suspendue dans un instant sans fin. Les gens s’étaient arrêtés de marcher et ils paraissaient figés comme des silhouettes sur une vieille photographie. Une colombe qui prenait son envol n’esquissait qu’un dérisoire battement d’ailes flou. Des brises de pollen flottaient immobiles dans l’air comme une poudre de lumière. L’eau de la fontaine de Canaletas étincelait dans le vide comme un collier de larmes de cristal.
Lentement, presque comme si j’essayais de marcher sous l’eau, je réussissais à pénétrer dans la magie de cette Barcelone immobilisée dans le temps et à atteindre le Cimetière des Livres oubliés. Je m’arrêtais, épuisé. Je ne parvenais pas à comprendre ce qu’était cette charge invisible que je traînais avec moi et qui m’empêchait presque de marcher. Je saisissais le heurtoir et cognais à la porte, mais personne ne venait m’ouvrir. Je frappais plusieurs fois de mes poings le grand portail en bois, mais le gardien ignorait ma supplique. Épuisé, je tombais à genoux. Seulement alors, en examinant le sortilège que j’avais traîné sur mon passage, j’étais assailli par la terrible certitude que la ville et ma destinée demeureraient figées à jamais dans cet envoûtement et que je ne pourrais plus me rappeler le visage de ma mère.
Lu : Non
Chronique : Non

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